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  • : Journal de Joachim (1915-1920) et les méditations de la reyne de coupe
  • Journal de Joachim (1915-1920) et les méditations de la reyne de coupe
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  • : Retranscription des carnets qu'a tenu mon grand-père durant la Grande guerre. Suivi d'autres souvenirs de famille présentés par la reyne de coupe
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grand-papa

Mardi 26 septembre 2006 2 26 /09 /Sep /2006 17:42

Paris, le 13 novembre 1920.Les fêtes du cinquantième anniversaire de la République et l'anniversaire de la Victoire (11 novembre)-

Jeudi je suis sorti de bon matin afin de trouver une bonne place pour assister au défilé. Vers 9H30 j'arrive à la Concorde par le Nord-Sud au moment où les gardes municipaux refoulent la foule pour dégager la Place.

Je sors ma carte d'officier et l'on me laisse passer. Je gagne le terre-plein qui entoure l'obélisque et qui est réservé aux officiers de complément. Il y a déjà un grand nombre de camarades, les uns en costume civil, la boutonnière ornée de rubans de touts couleurs, les autres ayant revêtu leurs vieux uniformes défraîchi, presques tous écorés. Quelques uns se reconnaissent : "Tiens, bonjour mon vieux..." Je me faufile au premier rang, en face de l'Avenue des Champs-Elisées, à l'endroit où le cortège, aprs avoir fait le tour de la place changera de direction pour marcher sur l'Etoile. Il fait un temps froid et brumeux, un vrai temps de Toussaint. L'Arc de Triomphe est perdu dans le brouillard. L'attente est longue et l'on bat la semelle sur l'asphalte glacée pour se réchauffer les peids. Depuis quelques instants le canon tonne sur la gauche, vers le Champ de Mars.

Voici des cyclistes qui viennent communiquer des ordres. Des commandements brefs de "garde à vous" et les troupes chargées du service d'ordre rectifient l'alignement.

Maintenant la tête du cortège s'avance sur le pont. Ce sont les engagés volontaires portant une banderole tricolore et des emblèmes; puis un groupe de cuirassiers. Le général Berdoulat gouverneur de Paris et son escorte. Défilent les drapeaux de tous les régiments de France et des colonies :les étendards de l'Artillerie, des chasseurs à cheval, des dragons, des cuirassiers, le flot des drapeaux de l'infanterie, les uns noircis, les autres troués, hachés, déchiquetés par la mitraille, devant lesquels la foule se découvre avec respect, puis ceux de 1870.

Voici le char de Gambetta qui s'avance lentement. Il est quelque peu grotesque, rappelant le profil d'un escargot dont la coquille serait une cage vitrée; dans cette cage l'on aperçoit le coffret qui renferme le coeur du Patriote. Puis vient le canon de 155 long qui porte le haut cercueil du Poilu recouvert d'un immense linceul tricolore. C'est une minute poignante. Un silence impressionnant. Les regards s'attachent à cette bière et l'on pense aux quinze cents mille morts de de notre pays, dont beaucoup gisent sans sépulture sur les champs de bataille. Millerand marchant tête nue derrière le canon, les yeux fixés sur le cercueil, l'air ému; les maréchaux de France Joffre, Foch, Pétain, de glorieux généraux Mangin, Bailloud, Gouraud, passent presque inaperçus, tant la foule est fascinée par ce drapeau qui cache la dépouille du Soldat. Quelques cris de "Vive Gouraud" cependant marquent la sympathie que l'on éprouve pour ce chef, grand, élancé, pâle, barbe brune, la manche droite vide et boitant légèrement; il salut de la main gauche en plumet.

Voici maintenant, à cheval, le général Trouchaud commandant la garnison de Paris, qui était à la tête de la 19è division lorsque j'étais au 70è R.I. en Argonne. Derière lui viennent des détachement potant les diférents uniformes de la guerre, celui de la Marne, pantalon rouge et capote bleue; celui de la Victoire, le bleu horizon; le kaki des marsouins; le bleu foncé des chasseurs à pieds; les soldats des chars d'assaut en vareuse de cuir noir portant un casque sans visière.

Enfin voici un interminable défilé de troupes,, cavaliers, fantassins, mitrailleurs avaec leurs voiturettes traînées par des mulets, artilleurs de campagne avec leur 75, artilleurs lourds avec leur 120 et leur 155, fusiliers marins, Saint-Cyriens avec leur plumet rouge, polytechniciens avec leur bicorne, encore des fantassins et des mitrailleurs, des dragons et des canons; ils disparaissent dans le brouillard vers l'Arc de Triomphe, couvrent tout le tour de la place de la Concorde et là-bas, de l'autre côté de la Seine, on n'en voit pas encore la fin...

Le soir sur les grands boulevards j'ai assisté au défilé lumineux : soldats portant des lampions et des torches, cyclistes aux roues étincelantes, taxis de la Marne couverts de fleurs et éclairés par cent ampoules électriques, toutes allumées et portant des projecteurs.

Par Marie-Christine - Publié dans : grand-papa
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Samedi 9 septembre 2006 6 09 /09 /Sep /2006 17:39

 Fresque de l'église du village de Kernascleden

Paris, le 27 juillet 1920- Hier l'on nous a communiqué les notes des examens généraux. J'aurais le diplôme des Hautes Etudes Commerciales (HEC).

Ainsi se terminent ces études commencées en novembre dernier. Elles m'ont été pénibles parce que j'ai souffert des suites de ma campagne d'Orient et parce que le programme était très chargé : deux années de cours en une seule.

Je suis en pourparlers pour entrer à l'Omnium Colonial.

J'attends une réponse définitive d'un moment à l'autre. Dès qu'elle me sera connue, je partirai en vacances. Auprès de mes parents, dans le calme et la solitude des champs, j'espère me reposer des fatigues de ce Paris bruyant et populeux.

Il fait un temps excécrable depuis le commencement du mois; il pleut presque tous les jours.

Le 28 juillet- Je n'ai pas encore de réponse de l'Omnium Colonial. Je crains d'être obligé de retarder mon départ et je suis plongé dans une une humeur sombre. J'écris ces lignes à la terrasse d'un café en attendant d'aller dîner chez J.Jouan.

De Paris à Pontivy, 31 juillet, 5heures. Je viens d'arriver à Saint-Brieuc exténué par une nuit de voyage passée debout et pressé dans un compartiment de 1ère classe; vers minuit le sifflet d'alarme se fit entendre; un wagon était en feu. Le train stoppa, la voiture qui flamabait fut garée à la Ferté-Bernard et les voyageurs se répartirent dans les autres wagons. On s'écrasa un peu plus dans notre couloir.

9H30- Je me réveille après avoir fait un bon somme dans un compartiment que j'occupe seul cette fois dans le train de Saint-Brieuc à Pontivy. Une maisonnette grise en granit, couverte d'ardoises que j'aperçois là-bas au milieu des prairies encloses par des talus m'indique que je suis dans mon pays.

Pontivy

Par Marie-Christine - Publié dans : grand-papa
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Lundi 28 août 2006 1 28 /08 /Août /2006 18:14

Avignon, le 8 septembre 1919-

Je suis allé hier à Vaucluse en compagnie de M.M. Pascal et Labaloru. De bonne heure le matin nous avons pris le train pour l'Isles sur Sorgue où nous sommes arrivés vers 10 heures. A la gare nous prenons une voiture qui bientôt roule à travers un pays plat planté d'oliviers, de figuiers, de vignobles et de peupliers. Les arbres qui bordent la route sont blancs de poussière. Au loin des monts barrent l'horizon, au pied desquels est niché le village de Vaucluse et d'où jaillissent les sources de la Sorgue. Nous longeons maintenant cette rivière dont l'eau est d'une limpidité incroyable. Elle est bordée d'usines.

Voici l'acqueduc romain qui conduisait les eaux à Arles. Nous pénétrons dans le village, assaillis à notre descente de voiture par des gens qui nous recommandent des hôtels, des restaurants. Sur la place s'élève la colonne élevée en l'honneur de Pétraque, mais nous suivons tout de suite la piste qui longe la rivière dans une étroite gorge. A droite sur un mamelon très élevé nous apercevons les vestiges du château ségneurial de Cabassols où Pétraque était reçu en ami. Et nous arrivons à la fontaine, gouffre sans fond, surplombé par une falaise grise de 350 mètres de hauteur. Nous descendons dans le gouffre jusqu'au niveau de l'eau dont la nape épaisse, légèrement bleuâtre est très claire. Je bois quelques gouttes de cette eau si fraîche dans le creux de ma main, puis nous descendons déjeuner à cent mètres plus bas au restaurant "Pétraque et Laure" au bord de la rivière.

Dans l'après-midi nous avons visité la maisonnette et le jardinet de Pétraque auxquels l'on accède par un tunnel creusé par les Romains.

Par Marie-Christine - Publié dans : grand-papa
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Samedi 19 août 2006 6 19 /08 /Août /2006 15:51

Messine

Stromboli

Mai 1919 -Le 16 ami, à bord du Pierre Le Grand- Nous nous sommes embarqués cet après-midi sur le Pierre le Grand. Le bateau a appareillé à 19 heures pour Marseille, pendant que nous étions à table. A la fin du dîner, nous nous sommes dépéchés de monter sur le pont pour admirer le paysage. La silhouette du vieux Stamboul avec ses minarets, ses coupoles, dominé par la Tour de Séraskérat, enveloppé dans une légère vapeur était un site ravissant. De l'autre côté Scutari avec mille scintillements, éclairé d'une douce lumière argentée par le soleil couchant les îles des princes dont Prinkipo, la plus éloignée semble la plus belle. L'île des chiens. Le soleil  Sicile

surConstantinople baisse de plus en plus. Maintenant Stamboul disparait dans une brume qui l'envelopppe mystérieusement; vers la gauche l'on aperçoit encore assez distinctement la muraille des Sept Tours.

Le Pierre le Grand est un beau paquebot présentant tout le confort moderne. Il transporte aujourd'hui plus de 900 passagers. Il y a en tout 11 services à bord. J'occupe une belle cabine avec M.M. Vilain et Le Guyader.

18 mai 1919- Quand je me suis réveillé hier matin vers 8H30, le bateau était dans le détroit des Dardanelles et déjà presqu'à la sortie. Nous avons vu les anciennes tranchées françaises, un cimetierre avec des croix blanches au dessus desquelles flottaient nos trois couleurs; la pointe de Seddul-Bahr devant laquel on aperçoit les navires qui ont été coulés ou échoués pour faciliter le débarquement des troupes alliées dans la presqu'ile de Galipoli. Ensuite nous sommes pasés entre l'île de Ténédos et la côte d'Asie.

Ce matin, nous étions en vue de l'île de Cérigotto et des côte du Péloponèse. Maintenant nous allons sur Messine. Il fait un vent assez fort qui retarde la marche du bateau.

Hier après-midi et ce matin j'ai été malade, ce soir je vais mieux.

Le 19 mai- Journée très belle passée en pleine Italienne.

Le 20 mai, 20H30- Ce matin nous nous sommes réveillés à l'entrée du détroit de Messna. Les côtes de Calabre et de Sicile présentent un aspect analogue. Montagnes abruptes s'élevant brusquement de la côte. Elles sont très pittoresques mais paraissent grises. Elles sont coupées par des torrents rapides. vers la pointe de la Sicile la côte s'abaisse. Toutes les aglomérations s'élèvent au bord de l'eau.

Le bateau a mouillé à Méssine à 8 heures, il a fait du charbon. Etant interdit de descendre à terre nous avons dû passer la journée à bord. Nous avons admiré les silhouettes étagées de la ville; les ravins que les tremblements de terre y ont accumulé. Le bateau a repris sa marche à 19 heures, au moment où les croiseurs-cuirassés "Justice" et Mirabeau" qui étaient mouillés devant Constantinople, lorss de notre passage dans cette ville arrivaient devant le port. Nous avons vu ensuite le gouffre de Charybde du côté de la Sicile et de Scylla du côté de l'Italie. Nous sommes maintenant en mer Tyrrhénienne et avons perdu de vue la côte.

23H30- Le bateau passe auprès du Stromboli dont on aperçoit la masse sombre qui s'élève au dessus de la mer. Une fumée noire en sort, rapidement chassée par la mer. De temps en temps il jaillit une traînée de feu du cratère qui se trouve au flanc du volcan. Une lumière rougeâtre allume alors le nuage qui le couronne.

Le 22 mai- Je me réveille, il est 8 heures. A trobord les côtes rocheuses et élevées de la Corse. Au bord de la mer, Bastia, aux maisons blanches, adossé à la montagne; vers l'intérieur de l'île, à l'horizon, des cimes neigeuses. A babordles rochers de Monte-Christo et de l'île d'Elbe.

Jpurnée magnifique. Mer d'huile.

Par Marie-Christine - Publié dans : grand-papa
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Vendredi 11 août 2006 5 11 /08 /Août /2006 17:25

La Sublime Porte

Le 14 mai 1919- Nous nous proposions ce matin de visiter le musée impérial et le musée des janissaires, mais ils étaient fermés. Ils seront ouverts demain. En remontant nous avons remarqué la Sublime Porte au lourd chapeau. Nous sommes allés ensuite à Chèchli par le tram qui suit la grande rue de Péra. De Chéchli nous avons descendu dans la vallée du Kaathané et nous avons longé les eaux douces d'Europea juste à la Corne d'Or. Sur le bord du ruisseau, c'est une fête foraine; des promeneurs, des danses locales, des cavalcades sur des petits chevaux où des ânes, des promenades en caïques sur le ruisseau.
Par le vapeur nous avons traversé la Corne d'Or de la station de Gléat Hané à Eyoub d'où nous sommes rentrés à Péra par un caïque à 2 heures de l'après-midi... Ce soir vers six heures nous avons monté dans la tour de Galata d'où l'on a une vue splendide sur Constantinople, le détroit et la Marmara. Le soleil qui commençait à baisser vers le couchant éclairait brillamment la pointe du Sérail avec ses massifs de verdure et le palais, Stamboul avec ses mosquées et ses minarets, Scutari où sur les fenêtres des maisons étagées il produisait de brillants jeux de lumière.

Le 15 mai- Ce matin, Mr Vilain et moi sommes allés par le bateau de 7h35 au Haïdar-Pacha, village coquet occupé par les Anglais. Rentrés vers 10h, nous avons visté ensuite le musée des Janissaires. L'on y a rassemblé toutes les sortes d'armes que l'homme a fabriqué depuis les temps anciens jusqu'à nos jours : arbalètes, crapouillots, bombardes, canons, mitrailleuses des différents modèles, obusiers, etc. Les uniformes de tous les pays et de toutes les armes. Quelques tableaux intéressants : "Dernier assaut de la Tour de Malakoff", "Charge de Reichsofenn" (guerre de 1870); Episode des combats du Bourget (guerre de 1870-ndle); un tableau symbolique de la fraternité d'armes entre les Français, les Anglais et les Turcs. Deux beaux portraits du roi et de la reine de Roumanie; les photographies de Clemenceau, Foch, Llyod George et Wilson, extraites de l'illustration y ont été également placés.

Cet après-midi, nous nous sommes promenés dans le grand Bazar. Véritable petite ville couverte, aux rue étroites et inextricables. L'on y trouve des soieries très belles, des bijoux précieux, des objets d'art de toute sorte. Mais les marchands quand ils ont affaire aux Français où aux Anglais doublent ou triplent les prix.

Ce soir nous avions l'intention d'assister à un spectacle turc. Etant en retard nous n'avons pas pu nous y rendre.

Près de la Sublime Porte nous avons écouté avec plaisir le muezzin qui chantait d'une voix harmonieuse et mélancolique au haut du minaret.

Par Marie-Christine - Publié dans : grand-papa
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